|

Après
la lune est un concert-lecture de trente-sept minutes
qui mêle ou alterne les plus belles œuvres de la musique japonaise
traditionnelle et contemporaine et la lecture de cinquante haïku en
français. J’en suis le lecteur sur scène. Nobuko
Matsumiya joue du koto et chante.
Les
pruniers en fleurs sur les collines de Momoyama, le vent du printemps
vautré sur les marguerites, de grands oiseaux gris chevauchant des
vents fous, des camélias blancs sous un érable rouge… N’est-ce
point Après la lune que l’on peut voir toutes ces belles
choses ? Et tant d’autres encore…
Après
la lune, c’est le moment du poète et celui où Nobuko vient
mêler sa voix aux jeunes clartés du ciel qui montent sur le petit
bois. Ah, ces Fleurs de
cerisiers et cette Mer
de printemps ! A-t-on jamais entendu plus belles mélodies Après
la lune ?... Et bientôt,
Je
marche au vent bleu
En croquant le bel été
Champ de coquelicots !
Et
lorsque Nobuko joue ses Harmonies de couleurs, je me souviens :
La
nuit est venue
On a dansé sous la lune
Ça sentait le foin !
Avec
la très mélancolique Mélodie
d’automne et Lune sur un château en ruines, une
chanson de samurais, Nobuko nous fait partager l'indéfinissable sabi :
le charme des choses fanées, la nostalgie des temps passés, la beauté
des feuilles mortes… Et la poésie lui fait écho.
Tout
peut arriver Après la lune. Voici maintenant que le poète s’y
autorise quelques
moqueries
bien japonaises sur les femmes. Le haïku, c’est
aussi sa seule façon de pouvoir exprimer son irréprochable irrespect
envers le shōgun.
Et
quand revient la lune, Nobuko chante la douloureuse Berceuse
d’Itsuki à laquelle elle réserve une interprétation d’une
extrême sensibilité. Et au petit matin,
Tout
est neige grise
Tout est silence tout est brume
Et ce chien qui hurle…
Après
la lune, on partage aussi les larmes de Bashō et la rieuse
tristesse d’Issa, notre auteur préféré pour son sens de l’humour
et son humanité. On compatit à sa vie de malheurs et aux lourdes
solitudes des longues nuits d’hiver des poètes japonais. Mais pour
tous, l’humour est souvent de mise.
L’humour
encore au travers de quelques scènes triviales croquées avec malice
par Issa et Buson.
Et
Nobuko est toujours parmi nous pour suspendre le temps, faire la
transition du triste au gai, du délicat au salé, prolonger les textes,
nous permettre de les « voir » et de nous en imprégner.
Et
quand la neige fond de nouveau sur les toits et que ma mie chante Mélodie
de printemps,
alors on ferme les yeux et l’on devient tous un peu
plus humains…
|