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Ayez
recours au comique de situation
ou d’expression,
interprétez le monde de façon inattendue
Nombre de procédés purement littéraires
permettent donc l'humour. Mais on peut aussi composer des haïku
humoristiques et des senryû sans recourir à la moindre manipulation
de mots, comme l'a fait Moritake dans ce haïku traduit par Roger
Munier :
Une fleur tombée
remonte à sa branche !
Non ! c'était un papillon
Le procédé employé dans ce poème
ressortit à la fois du comique de situation et du comique
d'expression. Il est fondé sur une situation réelle – ou
supposée telle – et non sur des artifices de langage.
Que fait donc l'auteur ? Il donne à
voir une scène somme toute assez banale, mais en lui réservant une
interprétation inattendue elle-même fondée sur une erreur de
perception. Et, sur cette erreur, le poète revient en utilisant le
procédé stylistique de l'autocorrection : " On
retranche en quelque sorte ce qu'on vient de dire à dessein, pour y
substituer quelque chose de plus fort, de plus tranchant, ou de plus
convenable. Fontanier " (Gradus, p. 86). Ici, non
est bien évidemment la marque de l'autocorrection
1.
Une scène des plus ordinaires se
trouve ainsi entièrement transformée pour créer un effet comique.
Ce qu’on voit dans ce poème, c’est non seulement la scène
elle-même, mais aussi et peut-être surtout la tête de celui qui
en est le témoin, d’où comique d’expression. Une belle double
diatypose en fait ! (voir note p. 54) A mon sens un petit chef-d’œuvre
d’ingéniosité, simple mais efficace.
Voici deux autres interprétations
inattendues et humoristiques du monde. La première est due à
Kyoshi (R. Munier), la seconde, semble-t-il, à Bashô, mais je n'en
connais ni la source ni le traducteur :
Le serpent s'esquiva
mais le regard qu'il me lança
resta dans l'herbe
A un piment
ajoutez des ailes :
une libellule rouge !
Même procédé chez le poète grec Séféris
(R. Etiemble) :
Je viens de cueillir
Un papillon mort
Tout démaquillé
Transformer l'ordinaire en l'interprétant
à sa façon afin de produire un effet cocasse ou surprenant, c'est
également ce que tentent de faire ces cinq haïku :
Maison effrontée
se foutant des vents du large
leur montrant son cul
Il s’agit de l’une de ces maisons
des côtes bretonnes, irlandaises ou écossaises dont le mur tourné
vers la mer est aveugle.
Ce début de l'an
rouge de honte la lune
à nous regarder
A cause d'une éclipse, la Lune était
rouge-rousse, un jour de janvier 2000.
Au moment des soldes
le Génie de la Bastille
se rue Saint-Antoine
Dans la dernière séquence de ce haïku,
on remarque la contraction qui profite d’une homophonie. Pour ceux
qui l’ignorent, le Génie de la Bastille est tout nu et il court
dans la direction de la rue Saint-Antoine. On sait maintenant
pourquoi.
Un kiosque enneigé
traces de piaf – Allait chercher
son journal, c'est sûr
Sur la plage à Dieppe
toujours la mer qui trébuche
et trébuche encore
On reconnaît au passage dans ce
dernier haïku cette figure de répétition qu'est la réduplication
(voir note p. 84).
Dans le prochain, Issa (J. Cholley)
recourt au comique de situation, et pratiquement sans interprétation
ni effet de style :
Pas plus tôt rasé
mon crâne qu'une volée de mouches
vient y trottiner
Dans le vers suivant, toujours d’Issa
(J. Cholley), c’est plus la réaction du poète à une situation,
le choix des termes et le ton employé qui provoquent le sourire :
Fripouille de corbeau
m'a bel et bien filouté
mon melon au frais
Pour faire de l'humour, plutôt que de
manipuler les mots, vous pouvez aussi manipuler les réalités,
comme dans la première séquence de ce haïku :
Si je meurs un jour
lors, tant qu'à faire en baisant
au chant du coucou
Dans une autre version d’un haïku déjà
cité, c’est beaucoup plus simple :
Passant au village
pour la fille de la crémière
je vais à la messe
Ici, c'est la narration
fidèle de la réalité qui cherche à provoquer le sourire.
Le prochain haïku vise à obtenir le même
effet, mais en y introduisant l’imaginaire :
Viens au coin du feu
ici tu n’auras pas froid !
Bonhomme
de Neige 2
Et pour finir, ce senryû anonyme du
XVIII-ième siècle composé, lui aussi, sans recours à un
quelconque procédé de style (J. Cholley) :
La femme étant sagace
impossible de lui vendre les feuilles d'automne
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