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Évoquez
ce qui n'existe pas
En peignant
la nature, le haïku s’attache à ce qu’il voit. Mais si vous
voulez toucher votre lecteur, vous pouvez aussi le faire indirectement
en évoquant ce qui n’existe pas.
Là encore,
tout dépend de petits mots a priori anodins tels que
l’adverbe comme mais surtout des pronoms indéfinis rien,
pas un et personne ou bien encore de l’adjectif
indéfini nul (nulle, nuls, nulles).
Si
l’adverbe tout est chargé de puissance poétique, rien
et nul le sont plus encore !...
Rien, pas
un, nul (nuls, nulle
et nulles) et personne sont des mots clés surtout pour
composer des haïku de saison. Ils permettent de rendre compte au
mieux de la chaleur de l’été, de la tristesse de l’hiver, de
toutes les qualités propres à ces saisons extrêmes.
Les mots les
plus importants du prochain haïku signé d’Issa (R. Munier) sont
assurément comme et rien :
Comme si rien
n’avait eu lieu
la corneille
et le saule
Le
haïku suivant, traduit par Maurice Coyaud, est d’un auteur inconnu
de moi :
On laboure le champ
A l’ombre d’une colline
Pas un oiseau ne chante
Souvenez-vous
: Dans Venise la rouge / pas un
bateau ne bouge...
Celui-ci est
de Shiki (R. Munier) :
Une houe laissé là
personne en vue –
la chaleur !
Dans
ce haïku de Hashin (R. Munier), l’adverbe plus et le pronom
indéfini rien sont encore renforcés par les conjonctions ni...
ni et par la préposition sans qui marque la privation :
Il n’y a plus ni
ciel ni terre
rien que la neige
qui tombe sans fin
Dans
le haïku suivant, Buson (R. Munier) utilise à la fois le pronom indéfini
pas un et le comme exclamatif :
Pas une feuille ne
bouge
comme il est effrayant
le bois l’été !
Enfin,
un peu comme chez Hashin, ce haïku cumule lui aussi les négatifs et
utilise comme pour renvoyer, comme l’a fait Issa un peu plus
haut, aux temps des origines, quand il n’y avait... rien :
Nulle âme
silence...
Pas un souffle de vent, rien !
Comme au premier jour
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