Faites
jouer le premier rôle à l'adverbe
ou à la locution adverbiale
Ces petits mots de rien que
l’on croit secondaires et auxquels on ne pense jamais, ce sont tout
au contraire ceux sur lesquels il faut s’appuyer pour construire ses
haïku. La qualité, la force poétique du vers en dépendent très
largement.
Dans un poème aussi minuscule que le haïku,
vous verrez combien est important le rôle de l'adverbe ou de la
locution adverbiale. L’un et l’autre permettent souvent de
condenser une idée à sa plus simple expression, donc toujours de réduire
à l’essentiel.
Les adverbes, ce sont bien sûr les absolument,
tristement, patiemment, obstinément, etc. que vous pourrez...
aisément vous procurer dans un dictionnaire de rimes.
Mais ce sont surtout tous ces petits mots
d’apparence anodine comme... comme, tout, même, toujours, déjà,
aussitôt, soudain, peu, très, trop, vite, etc. Certains de
ceux-là détiennent un fort potentiel de décharge émotionnelle,
donc de puissance poétique.
Voici un haïku signé Sampû (R. Munier)
et dans lequel l’adverbe sert à renforcer :
Si rudement tombe
sur les oeillets
l'averse d'été
Grâce à rudement, on peut même
estimer que tombe est devenu inutile. L’adverbe peut
remplacer le verbe.
Dans le prochain haïku, de Ryôta (cité
par A. Duchesne et T. Leguay, Les Petits Papiers), l’adverbe aussitôt
permet tout à la fois de faire l’économie d’une proposition trop
prosaïque (par exemple dès que je vis), de contraster et de
montrer la puissance de l’effet qu’exerce la nature sur le poète
:
Je rentre fâché
–
mais aussitôt dans le jardin :
le jeune saule
Dans ces deux haïku d’Issa (R. Munier
et M. Coyaud), c’est l’adverbe même qui tient le premier rôle
:
Même parmi les insectes
il en est d’habiles au chant
d’autres non
Les cigales crient
Même
Quand elle baisent
Premier rôle encore pour soudain
et déjà :
Couchés dans les foins
épis de blé odeur d’amour
Et soudain un rat !
Ce reflet sur l'eau
je voulais lui apporter
mais déjà Là-Haut
Voici un haïku puis un senryû dans
lesquels ce sont des locutions adverbiales qui se taillent la part du
lion. La locution tout à coup commande le premier poème, et
dans le second, à l’endroit et à l’envers
permettent de contraster :
Tout à coup le vent
sur l'océan verdissant
craquements de coque
Un coup à l'endroit
et hop ! un coup à l'envers
Jacquot-la-Girouette
Dans le haïku suivant, Issa et son
traducteur Maurice Coyaud utilisent magistralement les adverbes. Deux
séquences en sont remplies, et de façon parfaitement équilibrée,
disposées en chiasme 1
:
Encore aujourd'hui
Comme une larve je vis
Et demain encore
Dans ce poème, on recense pas moins de
cinq adverbes sur dix mots ! Et on voit que le même adverbe (encore)
ouvre et referme le poème. Habile construction.
Parmi les adverbes poétiquement
puissants, tout et comme me paraissent les vedettes.
Voici un exemple d’un possible usage de tout :
Tout est neige grise
tout est silence tout est brume
et ce chien qui hurle...
On verra d’autres usages de comme
au chapitre suivant.