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Utilisez
toujours un langage simple,
et à vos débuts
sans aucun procédé littéraire ni recherche d'effets
Dans vos haïku, vous utiliserez toujours
un langage très simple – je rappelle que le senryû étant
largement fondé sur des artifices de langage échappe à cette " règle ".
Au début, il n'est pas nécessaire d'utiliser des procédés littéraires
ni de créer des effets de style. Nombre de haïku de maîtres du
genre sont ainsi construits. Ces trois poèmes très simples et très
dépouillés sont dus à Bashô, Kikaku et Kishû (R. Munier) :
La pluie d’hiver
tombe sur l’étable –
un coq chante
Le coucou chante
–
dans un petit panier
deux ou trois aubergines
Soir d'automne –
un corbeau passe
sans un cri
Vous vous souviendrez tout au long de
ce livre que, la plupart du temps, les traductions ne respectent pas
la métrique. Très simples encore, ces deux haïku composés par
Issa (J. Titus-Carmel et M. Coyaud) :
Ne possédant rien
comme mon cœur est léger
comme l'air est frais
Dans le salon d'été
Passe la brise
Et on n'est pas content !
En voici trois autres sans le moindre
artifice de style, le premier de Buson, le second de Shiki, le
troisième de Taïgi (M. Coyaud) :
Pluie d'hiver
Une souris passe
sur le koto
Frayeur
L'escalier s'écroule
Amours de chats
Oh ! Une luciole qui vole
Je voulais crier " Regarde ! "
Mais j'étais seul
Très simples encore dans la forme ces
quatre haïku, mais eux sont " français ", la métrique
est donc respectée :
J’ai croisé ses yeux
dans les reflets de l’eau claire
à San Mediano
Les toits de Paris
qu’on voit du haut de Beaubourg
Chansons dans ma tête
Passant au village
pour la fille de la crémière
je fais un détour
L’An s’en est allé
alors que nous étions tous
là autour du feu
Il est en fait difficile d’échapper
totalement aux procédés littéraires. On les trouve spontanément.
Certains des haïku qui ont été cités dans ce chapitre en
contiennent, mais on peut les considérer comme mineurs.
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