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Créez des images avec
des mots
Dans un grand nombre de
cas, un haïku est une image visuelle. On peut parler aussi
de peinture, de tableau, de scène vivante et
aussi de mise en scène. Le premier but à atteindre en
composant la plupart de vos haïku est de donner à voir cette
image au lecteur. " L'art, c'est ce qui rend visible "
(Klee). Vous rendrez donc visible sans penser, sans interpréter
et surtout sans analyser. Le lecteur doit être capable de peindre
la scène à partir de votre description
1,
comme dans ce haïku :
Derrière les carreaux
dans la chaleur du café
deux joueurs d'échecs
Il est bien évident que,
pour donner à voir du mieux possible, votre vocabulaire devra
être précis. Il vaudra toujours mieux écrire un chêne
plutôt qu’un arbre. Les auteurs japonais de haïku
appellent un chat un chat, une luciole une luciole,
des chèvrefeuilles des chèvrefeuilles. Nommer les chèvrefeuilles
permettra aussi de faire sentir leur odeur.
Mais un haïku peut être aussi une image
littéraire, par " l'introduction d'un deuxième
sens, non plus littéral, mais analogique, symbolique, " métaphorique
" (Gradus p. 242), comme celui-ci :
Ma Venise
toi
va ! essuie ton rouge et viens
en masque de brume
Soit dit en passant, on dit que le haïku
ne supporte pas la métaphore et que les haïkistes japonais ne
l’utilisent pas. L’une et l’autre de ces affirmations sont
fausses, on le verra plus tard au chapitre consacré à ce
trope.
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