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Les Japonais sont tout à la fois animistes et bouddhistes. Mais
ils sont surtout confucianistes dans l'âme.
Pour ceux qui l’ignorent, " confucianiste "
ça veut dire d’abord ceci : " Papa et maman c’est
sacré, on touche pas ! "
En fait c’est surtout à papa qu’on touche pas.
Mais " confucianiste " ça
signifie par dessus tout qu’on ne touche encore moins à tous ceux
qui sont un peu comme papa, parce que ce sont des " grands "
: le chef, le patron, le supérieur hiérarchique, le prof, le maître, l’abbé, le shôgun et
bien sûr l’empereur !
Concernant le culte et la dévotion
envers le supérieur hiérarchique ou le chef de service, qu'on
se souvienne de Stupeurs et Tremblements, le film réalisé à
partir du roman
d'Amélie Nothomb...
*
Le haïku, sous sa forme complète alors nommée haïkaï-renga
(pour simplifier, on parlera ici en toutes occasions de haïku) naît au XVII-e siècle, sous le shôgunat des
Tokugawa. Et les Tokugawa, leur " religion " d’État,
c’est le confucianisme, pardi !... C’est dire que la société
japonaise de l’époque est la société la plus " totalitaire ",
la plus normative, la plus conservatrice, la plus conformiste et la
plus figée qui soit.
Le haïku naît en réaction contre cette partie de la
poésie classique qualifiée de " savante " (entendez sans
charme, incompréhensible, mortelle, lèche-bottes) et son
quasi-monopole par les moines bouddhistes et certains poétereaux qui
sévissent à la cour impériale. Avec l’arrivée du haïku, la poésie
japonaise amorce un virage à 180°. Le haïku restera toutefois
longtemps une forme poétique marginale et méprisée par l'ordre établi.
Dans la poésie classique (de papa) on respecte et on
loue les traditions, les Anciens, les " grands ",
etc. Avec Bashô et quelques autres avant et après lui, tout ça
c’est fini !
Qu'est-ce qu'il dit Bashô à ses disciples ? "
Gardez-vous de lécher la bave des Anciens "...
Si Bashô lui-même reste toujours très sobre,
d'autres se montrent franchement effrontés, insolents.
" Nous, les poètes nouvelle manière, Confucius,
les traditions, papa, la poésie de papa, les grands comme papa, le shôgun,
et même le Bouddha, tout ça on s’en moque !... Oui, le léchage de
bottes, les salamaleks et les vers bien comme il faut, c'est fini ! Tiens, écoute ! "
Quand mon père
a rendu l'âme
j'ai pété
Sôkan (trad. M. Coyaud)
Sa Grandeur l'Abbé
faisant sa grosse commission
sur la lande fanée
Yosa Buson (trad. M. Coyaud)
Nous cassent les oreilles
à brailler que Son Altesse
va chasser les oies
Kobayashi
Issa (trad. J. Cholley)
Le seigneur Bouddha
rien qu’à demeurer couché
des fleurs et des sous
Kobayashi
Issa (trad. J.
Cholley)
" Et la curetaille bouddhiste
et les saints moines zen à voile et à vapeur qui en foutent pas une
rame et qui pensent qu’à s’en mettre plein les poches avec
l’argent des bonnes œuvres pour aller au bordel s'y farcir des
michetonneuses et des mignons, on se les escagasse aussi ! Ecoute ça
encore ! "
Couchés côte à côte
un papillon et un chat
et un révérend
Kobayashi
Issa (trad. J. Cholley)
Monde flottant
Une fois devenu bonze-chef
je ferai des siestes
Natsume Sôseki (trad. M. Coyaud)
Par le révérend
dans le lavoir se fait faire
la servante du temple
Senryû anonyme (trad. J.
Cholley)
Quand est affamé
le révérend emprunte la marmite
de son cuisinier
Senryû anonyme (trad. J.
Cholley)
Un saint moine saura
se la couper, mais quelle nonne
peut se la boucher ?
Senryû
anonyme (trad. J. Cholley)
A Yôshichô
qui est tout de voies étroites
une foule de moines
Senryû
anonyme (trad. J. Cholley)
Concernant
l'état moral du clergé bouddhiste de l'époque de Bashô, on lira
avec profit ces quelques lignes extraites d’un document signé
d’un de ses contemporains, Kumazawa Banzan (1619-1691), l’un des
chefs de file d’un groupe d’anciens rônins reconvertis à la réflexion
: " ... En vérité, ceux qui entrent en religion pour des
raisons doctrinaires doivent être un sur cent. [...] Pour tous les
autres, l’entrée en religion est plus avantageuse que la vie dans
le monde, si on cherche un moyen pervers pour passer le temps et si
on a pour but de se rassasier des plaisirs des sens et de la table.
[...] L’interdiction d’entrer en religion pour motifs personnels
et pervers... ramènerait le nombre des religieux à un sur mille
[de ce qu’il est actuellement]. " (Extraits du Daigaku
wakumon, " Dialogue sur la Grande Étude ",
1688, dans Francine Hérail, Histoire du Japon des origines à la
fin de Meiji, Publications Orientalistes de France, coll. " Bibliothèque
japonaise " dirigée par R. Sieffert, 1986, p. 338-339.)
Même
situation près de cent ans plus tard, à l'époque d'Issa et de
Senryû-le-Vieux : " Issa n'a que peu de respect – et
c'est litote – pour [...] l'Église bouddhiste, arrogante et
corrompue. " (Jean Cholley, Kobayashi Issa, En village
de miséreux, Paris, Gallimard, coll. " Connaissance
de l'Orient ", 1996, p. 235.)
Lecteurs
de cette page, vous
non plus, ne respectez rien ni personne ! Écrivez des haïku et des
senryû comme en écrivaient les Japonais !
Comme
eux, " faites " de la vraie poésie, celle qui ne
peut être que déviation hors des normes, qu'elles soient sociales,
littéraires ou linguistiques, notamment en pratiquant les jeux de mots dont le senryû
raffole. Je vous ouvre la voie :
A
quoi rêver sous une burqa ?
Au chic des civilisations
Le
Bouddha Nikê
c'est le nom de la statue
dit le taliban
Les
femmes de chez nous
sont impossibles à mater
dit le taliban
Violences
à l'école :
le coran saignant ne compte pas en rester là
Corps
en mal de cons
mosquéquette les dames
ça fait qu'islamettent entre eux
Comme
les Japonais, moquez-vous de tout et de l'ordre établi et surtout,
surtout, manipulez la langue
! Soyez aussi irrévérencieux envers le pouvoir, la puissance et
les traditions que l'étaient Sôkan, Issa, Buson, Sôseki et les
autres !
Nos
" grands " de ce monde, notre Saint-Père, les grands rabbins,
les
grands muphtis, notre Grand Mamamuchirac, vos supérieurs, Notre Père
qui êtes aux cieux et nos autres pères ses ministres qui sont sur
la Terre, leurs altesses, nos grands patrons, nos
grands capitalistes, le Grand Satan, bref ! tous ceux qui sont
" grands " ou qui sont comme papa, sans oublier, bien
sûr, Allah-Est-Grand, réduisez-les à
dix-sept petites syllabes rigolotes et bien ciblées et n'hésitez
pas à faire publier vos insolences, comme moi :
Les
candidats les moins bons d'la semaine
Pour sauver Sarko, tapez 2 !
Bombardements
sur Bagdad
Nombreux dommages collatéraux :
Bush rit
Quelle
aubaine Laden
pour fourguer nos Bush à feu
dit Bush de canon
(avec Ivan Sigg, journaliste,
illustrateur)
Pour
être vraiment tenu au coran, une seule chaîne : Allah Ecran
Ils
avaient la frite
les voilà dans la purée
grâce à Moulinex
Passer
à la moulinette tous ceux qui sont grands comme papa, c'est bien,
c'est très bien, mais
n'en oubliez pas pour autant Notre Mère l'Église ni nos mères
plus charnelles, à plus forte raison lorsqu'elles sont supérieures
!
Confucius
à la trappe !
A
vos plumes, à vos claviers !
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