Sur cette page : remise des pendules à l’heure. Quelques idées reçues
à détruire qui sont très collantes et très répandues.
Très important de les détruire ces idées-là, car elles nuisent considérablement
au développement du haïku hors du Japon.
La principale : " Le haïku c’est spirituel,
c’est zen. "
Amusant mais faux, archi faux.
Ryôji Nakamura et René de Ceccatty dans
Mille ans de littérature
japonaise (Éd. Ph. Picquier) : " Rappelons
enfin que le haïku n'est pas un aphorisme zen... [...] il est évident que
les préoccupations des poètes de haïkaï sont autres. "
Etiemble, dans Du Haïku (Éd. Kwok On) :
il y évoque le " numéro classique de zen au rabais "
de R.H. Blyth, le spécialiste américain du haïku, son " laïus
pseudo métaphysique " et la " spiritualité gluante "
qui l'imprègne...
René Sieffert dans Le haïkaï selon Bashô
(P.O.F) : " [...] le haïkaï n'a rien à voir avec les théories
fumeuses des zennistes [...] il se situe en fait aux antipodes exactement de
ces élucubrations "...
Et de la croyance en la zennitude du haïku découle, bien sûr,
cet autre type d’élucubration : " Un haïku ça paraît
simple comme ça, mais ça vole très très haut. Il y a du sens
caché, du double sens en dessous ".
Hi-la-rant !
Et voilà qui n'est pas nouveau. En 1900, sévissaient déjà
des
Occidentaux qui tenaient absolument à trouver du " double sens "
ou du " sens caché " dans un haïku. Ainsi l’un
d’eux qui s’en prenait à / Vieille mare –
/ Une grenouille plonge / Bruit de l'eau /, le plus célèbre des haïku
de Bashô.
Réponse de Shiki, l’un des " grands " du haïku :
" Le sens de ce vers est exactement celui-là même qu'il exprime ; il
n'a aucun autre sens, aucun sens spécial. "
Et voilà ce qu’en disait Bashô lui-même : " Un
hokku
[entendez haïku] doit [...] posséder un sens limpide ".
Et encore : un hokku " c'est simplement ce qui
arrive en tel lieu, à tel moment "...
Donc le haïku n'est pas zen et, le plus souvent, il doit être compris au
premier degré.
Très très important de savoir qu’il n’y a pas un poil de zen ou de
sens caché dans un haïku. Pourquoi ? Parce que s’il n’y a ni zen ni
sens caché, alors vous qui n'êtes pas zen et qui comprenez parfaitement ce
que vous lisez, eh bien vous pouvez tout comprendre d’un haïku et
vous pouvez aussi en écrire. Et de bons vrais haïku,
comme en écrivent les Japonais.
Ajoutons ceci : en exagérant à peine on peut dire que tous les
Japonais d'aujourd'hui écrivent ou ont écrit des haïku. Mais sans exagérer
le moins du monde, on peut également dire que 99,99 % d'entre eux n'ont
qu'une idée très vague – voire
aucune – de ce qu'est le zen...